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Interview de Sylvain Le Guen

Interview de Sylvain Le Guen

 

Sylvain Le Guen, d’où vous vient cette passion pour l’éventail ?

J’avais 8 ans quand j’ai vu un éventail pour la première fois : il était sur le rebord de la cheminée, chez une voisine. J’ai osé le manipuler, et son mécanisme m’a immédiatement fasciné. On peut parler d’un véritable coup de foudre ; la surprise provoquée par le mouvement d’ouverture et de fermeture de cet objet s’est révélée une magie mécanique emprunte de poésie et de force évocatrice qui m’ont enchanté.

J’ai acheté mon premier éventail à l’âge de 10 ans, avec mon argent de poche. La même année, j’ai essayé de le reproduire avec du bois de cagette et du papier rocher. J’ai ensuite continué à en créer par passion… Je suis un parfait autodidacte : j’ai tout appris dans les livres et en étudiant les éventails anciens, en reproduisant les nombreuses étapes de fabrication afin de redécouvrir les savoir-faire de métier disparus. Je continue d’expérimenter, de tester la grande variété des matériaux traditionnels qui composent un éventail, mais aussi de développer des créations innovantes. L’éventail m’offre une grande liberté de création. car les possibilités de formes, de choix et de combinaisons de matières sont infinies. J’ai développé une esthétique en 3D qui joue sur les volumes à la manière des livres pop-up : au creux de chaque pli, un élément appliqué s’ouvre en écho et crée « un pli dans le pli ». Comme je suis également passionné par le design et l’artisanat japonais depuis mon enfance, j’ai eu l’idée de fusionner l’art de l’éventail avec celui de l’origami : j’ai ainsi donné naissance aux premiers éventails origami.

A l’âge de 25 ans, j’ai fait une rencontre déterminante avec un antiquaire parisien qui m’a encouragé à persévérer et à m’installer comme professionnel. J’ai donc créé mon entreprise et je me suis consacré à la restauration d’éventails anciens et à la fabrication de créations de pièces uniques.

 

Sylvain Le Guen - création d'un éventail
Sylvain Le Guen – création d’un éventail

 

Qu’est-ce qui vous attire dans les éventails ?

C’est tout d’abord la mécanique de l’objet : sa densité et son caratère compact quand il est fermé, intriguant, car on ne sait pas ce qu’il cache. Puis, à l’ouverture, son changement d’état, la révélation de son intimité, de son apparente fragilité, de l’expression de son caractère. Il s’agit pour moi d’une éclosion de forme, d’un développement qui a trait au végétal, à la géométrisation du vivant. Les proportions, le nombre d’or (φ phi), le calcul des angles me permettent de composer des modules d’une simplicité apparente mais structurés par des règles géométriques strictes.

L’éventail est généralement de la forme d’un demi-disque, parfois un disque entier quand il est appelé cocarde : l’ensemble pivote et se calcule à partir de l’axe, de la rivure, qui est le point zéro, l’origine. Je suis donc très familier avec PI qui me sert tous les jours à  calculer les hauteurs et les largeurs de plis.

Généralement, je ne définis pas de thèmes de collection car j’aime donner à chaque création une individualité sans chercher à faire un ensemble. La nature et la géométrie nourrissent ma grande curiosité et servent ma liberté de créer.

L’image de l’éventail véhicule beaucoup de préjugés : entre la sévillane, la Geisha ou Marie-Antoinette. Dans son histoire, il est un objet utilitaire, mais aussi symbolique. Peu de gens savent en effet que l’éventail a d’abord été utilisé par les hommes ! Véritable attribut de pouvoir du chef de clan, de guerre, l’éventail pouvait servir autant à maintenir le feu de la horde que chasser les insectes ou guider les troupes lors d’un combat militaire. Sous des formes et des aspects très variés, il est un objet présent dans toutes les cultures à travers le monde. En Chine, on le trouvait dans la main des lettrés, des notables, des juges et des courtisanes. En Egypte, il pouvait être en or et en plumes, véritable sceptre marquant l’autorité du souverain. Sous nos latitudes, importé en Europe depuis le XVIe siècle du Japon et de Chine, il n’a été adopté que par la gente féminine. Les dames de l’aristocratie ont vu dans cet objet exotique et intriguant un accessoire frivole occupant les mains et pouvant servir de marqueur social par la richesse de son ornementation. Les Reines et les Impératrices de toutes les cours européennes portaient des éventails bijoux qui rivalisaient de délicatesse et de somptuosité.

 

Comment s’est déroulé la collaboration avec la Maison ADLER ?

Les équipes ADLER m’ont contacté pour me proposer de mettre en place un dialogue accompagnant en vitrine un projet joaillier en cours chez eux. Ils m’ont révélé la collection « Fan’tastic » qui réinterprète l’esthétique de l’éventail et joue sur son symbolisme : j’ai immédiatement vu le lien contemporain avec mes créations.

Ce que j’apprécie le plus dans cette collaboration c’est la confiance accordée, le fait que l’on me laisse carte blanche pour la création. C’est un travail qui s’est nourri d’échanges et de partage de nos passions respectives.

Réinterpréter de manière moderne ce symbole avec une Maison joaillière familiale ancestrale était en soi s’inscrire dans un projet créatif exigeant et fascinant, à l’image de l’histoire même de cet objet.

 

Sylvain Le Guen - création d'un éventail
Sylvain Le Guen – création d’un éventail

 

Comment avez-vous réussi à lier votre univers/ADN avec celui de la Maison Adler ?

Sans a priori, j’ai vu l’opportunité de montrer dans un environnement précieux des objets qui sont trop souvent considérés en second plan dans les vitrines.

Dans cette association, c’est un véritable dialogue qui s’instaure entre les pièces de joaillerie et les éventails. Ces derniers ne sont pas trop mis en avant mais ne sont pas non plus juste un support anecdotique : ils entrent en écho avec les créations joaillières.

L’idée est de garder visible l’architecture de l’objet sans venir perturber la lisibilité des pièces de joaillerie : c’est un véritable ensemble à créer.

Pour moi ce qui est primordial c’est de susciter la curiosité, la surprise, en créant des formes et des volumes inattendus articulés par le mécanisme d’ouverture et de fermeture. En cela nous avions avec la Maison Adler un discours commun puisque les maîtres joailliers cherchent également à livrer un supplément d’âme au travers de leurs pièces joaillières.

Les pièces que j’ai le plus appréciées dans la collection ADLER sont justement les créations à transformation car elles rejoignent l’ADN de ma passion. J’ai découvert des créations somptueuses dans des matériaux innovants comme la fibre de carbone et le titane ; ces matériaux représentent pour moi le potentiel contemporain, le 21ème siècle de l’éventail.

 

Pourriez-vous nous expliquer comment vous avez élaboré cette collection d’éventails pour la Maison ADLER ?

Je me suis focalisé sur la géométrie avec des lignes simples et épurées pour entrer en résonance avec les bijoux présentés avec mes créations.

La Collection que j’ai créée pour la Maison ADLER est constituée de 22 éventails non figuratifs, essentiellement monochromes et aux formes graphiques.

J’ai suivi un fil conducteur qui était l’interchangeabilité et la cohérence chromatique des pièces. J’aime les structures toniques, explosives, les lignes brisées, radiantes qui jouent sur les pleins et les vides.

Pour moi l’équilibre du Yin et du Yang s’exprime dans la multiplication des éléments à section droite agencés de telle manière qu’ils finissent par dessiner un objet rond – là aussi en réponse à la féminité toujours pensée dans les créations ADLER.

Concernant l’utilisation des matériaux, je voulais qu’ils soient éclectiques pour montrer l’étendue des possibilités et répondre à ma manière à la curiosité de la famille ADLER pour les matières différentes et innovantes.

L’univers de la joaillerie étant très minéral, j’ai privilégié des apports de matériaux de nature végétale et animale. Le bois des montures soutient le papier des feuilles tout en discrétion, sobriété et élégance. La part animale est représentée par l’os de bovidé et la soie (le travail de la soie est l’une de mes spécialités) : cette fibre animale tissée en de nombreuses armures, opaques ou translucides, est la matière reine de la Haute-Couture. Elle est apprêtée ici à la gélatine et mise en forme pour rendre des effets de superpositions en transparence et de brillances subtiles.

J’ai utilisé également de la nacre qui permet, à l’instar des pierres précieuses, des jeux de reflets changeants en fonction de son orientation à la lumière.

Je voulais aussi utiliser la paille depuis longtemps : pour ce projet, j’ai souhaité mettre en avant tout le potentiel de ce matériau rustique et méconnu qui rend les effets les plus raffinés et se marie incroyablement bien avec les irisations de la nacre.

 

 

Sylvain Le Guen
Sylvain Le Guen

 

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